Anti-régime 101

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Vous avez peut-être déjà entendu parler de l’approche anti-régime. Mais qu’est-ce que c’est au juste? Cet article vise répondre à quelques questions au sujet de cette approche qui est de plus en plus populaire.

Ça veut dire quoi «anti-régime»?

Adopter une approche anti-régime, c’est rejeter la culture des régimes, et non rejeter toute personne qui fait (ou a fait) un (ou des) régime(s). C’est 100% compréhensible que, dans une société aussi grossophobe, une personne choisit d’essayer un régime amaigrissant afin de vivre moins de stigmatisation à l’égard de son poids. De plus, ce sera toujours normal et correct d’espérer une perte de poids car, malheureusement, plusieurs aspects de la vie sont bel et bien plus simples lorsqu’une personne a le privilège d’être mince. En fait, rejeter la culture des régimes ne rime pas automatiquement avec l’abandon du désir d’être plus mince mais se manifeste plutôt dans ce qu’on fait avec (c’est-à-dire refuser de se priver pour forcer son corps à maigrir).

Lorsqu’on rejette la culture des régimes (qui est le 1er principe de l’alimentation intuitive), on ouvre la porte à plus de plaisir, à un plus grand respect de ses besoins, et à un équilibre qui s’installe tranquillement pas vite au niveau des habitudes alimentaires et de son poids (ciao bye le poids yo-yo).

En fait, être anti-régime, c’est être POUR bien des choses!

Euhhh… et la culture des régimes c’est quoi?

La culture des régimes est un schème de croyances qui valorise la minceur et qui l’associent à la santé ainsi qu’à la valeur des individus. De plus, cette culture fait la promotion de la perte de poids comme moyen d’atteindre un statut social plus élevé. La culture des régimes valorise certaines façons de manger et démonise d’autres, ce qui résulte en une multitude de règles alimentaires ainsi que l’apparition de certaines émotions, telles la culpabilité et la honte reliées aux choix alimentaires.   

Bref, la culture des régimes va plus loin que juste « être au régime » – c’est une façon de percevoir les corps, le poids et les aliments, qui laisse peu de place à la diversité corporelle, à une vision plus large de la santé, et à une relation saine avec les aliments et son corps. 1

Donc être anti-régime c’est être pour une relation plus saine avec les aliments?

Oui! Et cela peut passer par plusieurs avenues, dont l’alimentation intuitive. Ce qui est cool avec l’approche de l’alimentation intuitive, c’est qu’elle a été étudiée! Les études scientifiques, et il y en a plus de 125 à ce jour, démontrent qu’une alimentation intuitive est associée à

  • une réduction des facteurs de risque de plusieurs maladies chroniques ;
  • un poids plus stable ;
  • une meilleure santé psychologique.

Il est important de nommer ici que, même si l’alimentation intuitive peut parfois résulter en une perte de poids, c’est une approche qui est inclusive de tous les corps et n’est donc pas une méthode de perte de poids.

Et si j’ai besoin de perdre du poids pour ma santé, je fais quoi?

Comme mentionné plus haut, même s’il est vrai que la vie est généralement plus facile pour les personnes minces (à cause de la grossophobie), la perte de poids volontaire est rarement une option viable à long terme et n’est pas toujours synonyme d’une meilleure santé. Il n’est donc pas nécessaire de perdre du poids pour être en bonne santé. Laissez-moi m’expliquer.

En ce qui concerne la perte de poids, vous l’avez probablement déjà entendu en fait, mais le taux de réussite des régimes amaigrissants n’est pas très prometteur. Les régimes fonctionnent, certes! Mais c’est toujours à court terme (6 mois ou 1 an). À long terme (on parle ici de 3 à 5 ans), le taux de réussite est seulement de de 3 à 5%! 2,3 Et à l’intérieur de ce taux de réussite, il y a beaucoup de personnes qui développent un trouble alimentaire. Pour les 95 à 97% personnes qui restent, tout le poids (et souvent plus!) sera repris.

Les régimes ne fonctionnent pas parce que le corps et la tête luttent contre la restriction, qui est perçue comme une menace pour la survie. Quand le corps est privé de nourriture (manger adéquatement est un besoin de base chez les humains), il réagit de façon à se protéger de ce « danger » en réduisant son métabolisme au repos (énergie nécessaire pour maintenir les fonctions de base de votre corps comme la respiration et la circulation sanguine) et en augmentant les hormones de la faim, question de vous faire manger davantage. 4,5

De plus, se priver de nourriture est souvent le début d’un cycle vicieux appelé le cycle de la privation.

Bref, il est fort possible que vos expériences avec les régimes confirment tout cela et que vous n’avez jamais «réussi» à maintenir une perte de poids. Si c’est le cas, sachez que ce n’est PAS DU TOUT de votre faute. Le corps humain n’est tout simplement pas programmé pour accepter une perte de poids volontaire sans lutter dans l’autre direction.

En ce qui concerne le lien entre le poids et la santé, ce n’est pas aussi étroit qu’on peut le croire. Plusieurs études ont démontré, en fait, que c’est l’adoption d’habitudes de vie saines qui a le plus d’impact sur la santé d’un individu. De plus, faire des régimes à répétition et faire subir des fluctuations de poids (avoir un poids yo-yo) à son corps augmenterait les risques de développer certaines maladies.6

Et, ça ne s’arrête pas là! Il y a encore d’autres études qui ont démontré que la stigmatisation à l’égard du poids (la grossophobie) augmente, elle aussi, les risques de maladies chroniques telles que le diabète, les maladies du cœur, et certains types de cancer.7,8

Le poids, lui, ne peut donc pas déterminer la santé d’une personne. Et ce, même si son IMC est «trop élevé». En fait, l’IMC n’est pas du tout un indicateur de santé fiable et a un historique assez intriguant. Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire cet article écrit par une collègue nutritionniste Marilou Morin.

En fait, le poids qui sera le plus santé pour un individu est son poids génétique et naturel, un poids qui est atteint et maintenu en ayant des habitudes de vie plutôt équilibrées et une relation saine avec son alimentation et son corps. Ce poids génétique et naturel va toutefois fluctuer, et c’est 100% normal! Les corps sont faits pour changer et s’adapter à nos différentes étapes de vie.

OK, et si j’ai envie d’en apprendre plus?

Pour en apprendre plus sur l’approche anti-régime, voici quelques ressources:


Sources

  1. https://christyharrison.com/blog/what-is-diet-culture
  2. Wayne C. Miller, «How Effective Are Traditional Dietary and Exercise Interventions for Weight Loss?», Medicine & Science in Sports & Exercise 31, no. 8 (August 1999): 1129-34
  3. Fildes et al., «Probability of an Obsese Person Attaining Normal Body Weight», 2015.
  4. Sandra Aamodt, Why Diets Make Us Fat (Current, 2016).
  5. C. N. Ochner et al., «Biological Mechanisms That Promote Weigh Regain Following Weight Loss in Obese Humans», Physiology & Behaviour 120 (2013): 106-13.
  6. J-P Montani et al., «Dieting and weight cycling as risk factors for cardiometabolic diseases: who is really at risk?», Obesity Reviews 16 (February 2015), Suppl 1:7-18. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25614199/
  7. J.M. Hunger et al., «Weighed Down by Stigma: How Weight-Based social Identity Threat Contributes to Weight Gain and Poor Health», Social and Personality Psychology Compass 9, no. 6 (June 2015): 255-68.
  8. Maya Vadiveloo and Josiemer Mattei, «Perceived Weight Discrimination and 10-Year Risk of Allostatic Load Among US Adults», Annals of Behavioral Medicine 51, no. 1 (2017): 94-104.

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